Rapport d'activité 2010
L’année des 70 ans de La Cimade aura été l’occasion de mesurer, non seulement l’actualité des problèmes de l’immigration et les tensions sévères qu’elle provoque même dans une société démocratique, mais surtout la capacité de La Cimade à résister à des attaques parfois violentes.
Certes, une bataille a été en partie perdue, c’est celle de notre présence dans tous les centres de rétention. Nous avons choisi le terrain du droit, et cela a permis d’obtenir la confirmation, par les plus hautes juridictions, de la nécessité de la présence d’associations indépendantes, aux côtés des migrants expulsés, pour les aider à faire valoir leurs droits. Mais cela n’a pas empêché l’éclatement de cette mission entre cinq intervenants placés en concurrence dans une logique de marchés, mais depuis, heureusement, une étroite coopération s’est établie entre eux.
Pour faire reconnaître les droits des immigrés dans les démocraties occidentales, il ne suffit plus de démontrer qu’elle correspond à l’intérêt économique et social à long terme de ces pays, car à la première crise, on l’a vu, les intérêts à court terme tendent à remettre en question les principes qui apparaissaient les mieux établis. Cette reconnaissance, il nous faut la conquérir tous les jours et dans tous les domaines où elle est mise en cause, qu’il s’agisse des libertés fondamentales ou des droits essentiels comme le logement, la santé, la formation ou l’emploi. Il faut en plus mobiliser, c’est-à-dire convaincre, en particulier les élus, et construire des partenariats.
C’est l’ensemble de ces considérations, jointes aux sollicitations de nos partenaires, qui nous ont convaincus qu’il fallait revoir notre démarche politique, c’est-à-dire notre réponse aujourd’hui à la question « quelle politique d’immigration dans la France européenne de 2012 ? ». Prendre la parole sur ce thème est plus difficile que jamais : l’Europe a pris un virage délibérément restrictif et toute supposée coordination européenne de la politique d’asile se traduit systématiquement par une réduction des droits des migrants. Les majorités électorales cèdent de plus en plus souvent à la pression de minorités anti-migrants qui gagnent des voix, et les instances mondiales semblent de plus en plus souvent ignorer les atteintes aux conventions internationales qui semblaient les plus solides.
C’est dans ce contexte que La Cimade a élaboré et adopté en juin dernier 40 propositions réunies dans un texte au titre à la fois ambitieux et réaliste : « Inventer une politique d’hospitalité ». Puisse une telle interpellation de l’opinion publique et des responsables politiques faire évoluer leurs positions lors des prochaines élections.
Patrick Peugeot
Président de La Cimade
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