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article du Bien Public de ce samedi 8 octobre sur la situation des demandeurs d'asile à Dijon

Situation internationale explosive, “trop bonne réputation” de la Bourgogne, méconnaissance du dispositif administratif : la situation des demandeurs d’asile est très tendue.

Ils sont des ombres dans les sous-sols des parkings souterrains de Dijon, des hommes emmitouflés dans des cartons sous le kiosque de la place Wilson, ou même des familles vivotant dans des chambres d’hôtels.

En Bourgogne, le nombre de demandeurs d’asile a explosé ces dernières semaines. Par effet d’escalier, la Côte-d’Or et Dijon sont particulièrement touchées. Les 380 places des quatre Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) du département sont devenues largement insuffisantes. Aujourd’hui, plusieurs centaines de demandeurs d’asile dorment dans la rue à Dijon. Le monde associatif qui gravite autour d’eux place ce chiffre entre 200 et 500. La préfecture parle, elle, d’«une fourchette haute à 400 ».

L’explication du phénomène tient en trois points, avec un effet domino. D’abord, la situation internationale, toujours aussi explosive. Elle provoque par exemple, actuellement, un afflux d’Erythréens et Soudanais en France, historiquement considérée comme une terre d’accueil.

A l’échelle hexagonal, la Bourgogne est également régulièrement citée pour ses capacités d’accueil et son maillage associatif autour des migrants. Mais elle a subi de plein fouet la face perverse de la régionalisation de la demande d’asile, guichet unique mis en place en mai 2009 pour mieux gérer les demandes. « Aujourd’hui, un demandeur d’asile doit impérativement déposer sa première demande à la préfecture de région, c’est-à-dire à Dijon », rappelle Arnaud Schaumasse, directeur de cabinet d’Anne Boquet, préfète de Côte-d’Or et de la région Bourgogne. « Mais ensuite, beaucoup croient que rester à Dijon ou dans les environs permet d’obtenir une réponse plus rapide. » C’est complètement faux, mais ce réflexe engorge immédiatement le secteur dijonnais. Les effets sont catastrophiques, avec souvent un serpent qui se mord la queue. Par exemple, face à l’afflux de demandes d’asile, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont besoin de plus de temps pour les traiter. Par conséquent, les migrants en attente restent plus longtemps en CADA et ne libèrent donc pas leur place.

Aujourd’hui, en, Bourgogne, entre le dépôt de la demande d’asile et son acceptation ou non, il faut compter entre 12 et 18 mois. Un délai où les migrants sont “en règle” mais où ils ne peuvent pas travailler , puisqu’ils n’ont pas de papiers. Un casse-tête que les associations et l’Etat (voir encadré) tentent de prendre en main… et qui pourrait bientôt s'inviter dans le débat de la présidentielle 2012.

64 places “débloquées” dans les prochaines semaines

Le Comité d’action régionale, réunissant les quatre préfets des départements bourguignons, vient de valider la mise en place dès cet automne de la régionalisation de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile. Elle permettra de mieux identifier les places disponibles dans les quatre départements et de diriger vers ces places libres les demandeurs d’asile en attente. 64 places devraient ainsi être “débloquées” au fur et à mesure des prochaines semaines. Arnaud Schaumasse, directeur de cabinet d’Anne Boquet, préfète de Côte-d’Or, concède que « cela ne résoudra pas le problème des demandeurs d’asile dans son ensemble » mais cela devrait au moins couvrir les urgences absolues que sont les femmes seules, les familles ou les couples dont la femme est enceinte. Plane enfin sur l’avenir des migrants l’ombre des “passeurs” dont personne ne parle officiellement mais dont l’existence en Bourgogne et à Dijon est certifiée par plusieurs acteurs associatifs.

LA longue file d’attente de la rue vailLant

C’est un minuscule local, au pied de l’église Saint-Michel. Trois fois par semaine, il voit passer tout, ou presque, ce que la Côte-d’Or compte de demandeurs d’asile. C’est en effet ici que la Confédération syndicale des familles (CSF) leur attribue une domiciliation postale, indispensable au montage de leur dossier. C’est donc aussi ici que la plupart viennent chercher son courrier, attendant des nouvelles du pays ou de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Dans le tout petit couloir, on croise les mines inquiètes de la première visite, les habitués fatalistes, et ceux qui sont persuadés que la France sera bientôt, pour de bon, leur pays.

Il y a par exemple Driss, un Libyen de 35 ans, arrivé en mars à Dijon parce que son père avait lui aussi foulé la terre bourguignonne pendant la guerre. Driss a eu la chance de rencontrer Bouchra, une jeune femme dont il est tombé amoureux. Elle l’héberge régulièrement ou alors il s’arrange avec « des amis dijonnais».

Besim a, lui, 40 ans. Il est Kosovar et a débarqué en France en 2010 parce qu’il avait “un problème politique” dans son pays. Il a avec lui sa femme et ses deux enfants de 8 et 10 ans, scolarisés à l’école Petit-Bernard. Ils vivent tous dans une chambre d’hôtel mais Besim ne sait pas exactement qui la paie. « La préfecture », finit-il par souffler dans un français hésitant. Comme Driss, Besim rêve de faire sa vie en France, « avec ma famille ».

http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2011/10/08/pres-de-400-demandeurs-d-asile-dorment-dans-la-rue

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