Dénoncer les réseaux de proxénétisme et d'esclavage domestique
Pour permettre aux prostituées placées au Centre de Rétention Administrative qui sont victimes de la traite de dénoncer leur proxénète ou aux victimes d’esclavage domestique de dénoncer leur employeur.
Pourquoi avoir mis en place cette action?
Nous avons constaté que certaines prostituées avaient très peur d’être renvoyées. Elles sont exploitées et venues à Nice grâce à des réseaux et doivent rembourser une certaine somme qui peut être autour de 20.000 euros.
Lorsqu’elles sont arrêtées, la plupart du temps elle n’ont pratiquement pas d’argent sur elle (alors qu’elles sont arrêtées soit sur leur lieu de travail soit dans l'hôtel dans lequel elles se logent). Souvent elles nous demandent de prendre contact avec une association locale, le SPRS (Service de Prévention et de Réadaptation Sociale), qui les connaît.
Par ailleurs, nous avons observé que beaucoup d’étrangers sont employés sept jours par semaine comme domestique, nourri, logé sans jamais sortir.
Comment se déroule cette action?
1. Pour les prostituées
Même si les femmes sont arrêtées ensemble, nous les recevons d'abord une par une, car il se peut très bien que la mère maquerelle soit parmi elle et les surveille. Nous leur demandons si elles connaissent le SPRS et si elles ont envie que nous les appelions. Nous demandons au SPRS s'ils ont eu le temps de les informer sur la loi sur la sécurité intérieure 2003-239 du 18 mars 2003 (article 76) qui leur permet, en dénonçant leur réseau, de bénéficier d’une carte de séjour et d’une protection. Si elles n’ont pas été informées et que le SPRS ne peut pas se déplacer tout de suite, c’est nous qui informons les femmes.
Elles répondent d'abord qu’elles travaillent toute seules et qu’elles sont venues de leur propre gré. Ce n’est qu’en créant une relation de confiance, en travaillant avec le SPRS qui a dans son équipe des médiatrices issues de
différents pays dont sont originaires ces femmes, que petit à petit certaines sont prêtes à témoigner.
Dans ce cas le SPRS prévient la brigade spécialisée (BAC) qui se trouve juste à côté du CRA et la personne prête à témoigner est alors entendue dans leur locaux. Si le témoignage s’avère sérieux et peut provoquer l’arrestation
d’un ou de plusieurs membres du réseau, la Cimade ou le SPRS prévient le préfet qui ordonnera (en tout cas jusqu’au changement de gouvernement) la libération. Cette libération doit être extrêmement bien organisée : ensemble avec le SPRS nous convenons de l’heure de sortie, nous accompagnons la jeune femme jusqu’à la voiture qui l’attend et qui l’emmènera hors de la région pour la mettre à l’abri.
Pour les victimes d’esclavage moderne
Il faut qu’il y ait confiscation du passeport avec enfermement pour que la personne puisse être considérée victime.
Si tel est le cas, nous prévenons la police, accompagnons la victime pour qu’elle puisse faire ces premières déclarations et là de nouveau nous travaillons en étroite collaboration avec le SPRS.
Quels sont les résultats de cette action?
L’année dernière deux prostituées ont été régularisées, donc deux réseaux démantelés. Les proxénètes ont été arrêtés et emprisonnés. Une jeune femme victime d’esclavage domestique a retrouvé sa liberté, appris le français, et un métier. Elle va enfin après de multiples APS avoir sa première carte d’un an.
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