La visioconférence en rétention
Voici un texte écrit par une équipière de la Cimade et publié dans le journal de l’AGL de Lyon, « Que fait la Cimade » n°24.
Les permanents de la Cimade qui interviennent au CRA de Saint-Exupéry ont clairement exprimé leur opposition stricte à ce dispositif qui semble pour l’instant être suspendu. A suivre attentivement.
La visioconférence en rétention
Lorsqu'un étranger arrive en France et demande l'asile, il doit remplir un formulaire dans lequel il expose, sous forme de récit, les motifs qui le conduisent à solliciter une protection. Puis il est le plus souvent convoqué devant un agent de l’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et Apatrides), pour reprendre oralement les éléments de son récit.
Qui dit récit, dit parole, qui dit parole, dit échange entre locuteur et destinataire. Tout échange, toute parole met en jeu le corps, le corps de celui qui parle, le corps de celui qui reçoit la parole.
Cette parole, indispensable pour un bon examen du dossier, mais aussi pour la réparation des traumatismes et persécutions, est aujourd’hui menacée par un projet dont l’unique motivation est de faire des économies, au mépris de la présomption de légitimité qui doit prévaloir pour les réfugiés.
L'OFPRA vient d'installer au Centre de Rétention de Lyon, un algéco équipé d'un système «performant» de visioconférence. Le projet est d'y enfermer la personne retenue, en demande d'asile, seule (des caméras permettent de le vérifier), avec un policier devant la porte à l'extérieur. Face à elle, un écran, sur l'écran, un agent de I'OFPRA, et comme l'exige la loi, un interprète si nécessaire. Le demandeur d’asile n’exposera donc plus sa situation à un être humain mais à une machine. Ce principe vient d’être proposé, dans le cadre de la nouvelle loi sur l’immigration (art. 6). « L’audience peut avoir lieu par visioconférence, sauf si l’intéressé le refuse expressément ».
Faut-il rappeler que la personne retenue est toujours stressée, angoissée. Faut-il rappeler que la plupart du temps, elle s'exprime difficilement? Faut-il rappeler qu'elle n'a jamais vu ce genre de dispositif et qu'elle n'en a donc pas la maîtrise. Elle n'a pas l'habitude de parler seule devant un écran. La violence d’un tel dispositif risque de réduire nombre de retenus au mutisme au moment où il est essentiel qu’ils parlent pour défendre la réalité des risques encourus.
Faut-il rappeler que le récit qui est fait, est celui des menaces subies, de la mort de proches, d'une maison brûlée, de tortures et parfois de viols, de tout un vécu douloureux et souvent tu depuis des mois.
Nous sommes inquiets de voir la volonté qui semble se manifester chez nos dirigeants, de nier ce qui fait le fondement de l'humain : la parole, la confiance et le respect de l'autre.
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